Il est des hommes qui ne tarissent pas d’éloges tant le foisonnement de leurs diverses œuvres ou contributions significatives. Ici, elles se veulent intellectuelles, politiques, scientifiques ou culturelles. Et comme le stigmatisait le célèbre philosophe allemand Hegel qu’à chaque époque de l’histoire correspondent des hommes. Ceux -ci se distinguent des autres chacun dans un domaine donné et sont très souvent appelés héros dans l’ombre.
C’est justement l’objectif poursuivi par notre rédaction de révolutionner une certaine culture devenue quasiment une coutume de ne parler de nos pionniers qu’à titre posthume. Or, à ce moment, l’homme ne saurait vivre son œuvre. Mondialisation oblige même quand les Congolais abdiquent à communiquer. Il s’agit pour nous aussi de stimuler le jugement de valeur auprès de nos lecteurs.
La nomination de Gustave René Fulgence Adicolle Goum à la tête du Ministère de l’Enseignement technique et professionnel n’est pas un simple mouvement administratif. Elle intervient à un moment critique, alors que le Parlement examine une réforme éducative qui pourrait bouleverser durablement la place de l’enseignement technique dans le système scolaire congolais.


Pour tout observateur averti, une question s’impose désormais avec insistance : le nouveau ministre saura-t-il poursuivre l’élan des réformes engagées par son prédécesseur et, surtout, réussir enfin à faire décoller un secteur longtemps resté à la traîne ?
Un homme du sérail propulsé aux commandes. Peu connu du grand public, Gustave René Fulgence Adicolle Goum est pourtant loin d’être un novice dans le système. Avant son entrée au gouvernement, il occupait le poste stratégique de Directeur général de l’Administration et des Ressources humaines, véritable tour de contrôle du personnel et de l’organisation du ministère. Un poste sensible, souvent dans l’ombre, mais décisif : affectations d’enseignants, gestion des carrières, discipline administrative, répartition des ressources humaines. Autant de dossiers qui font fonctionner – ou dysfonctionner – la machine éducative.
Sa promotion au rang de ministre ressemble ainsi à une continuité logique. Le technicien devient le pilote.
L’enseignement technique, parent pauvre du système éducatif
Considéré depuis des années, l’enseignement technique et professionnel souffre d’une image tenace : celle d’une voie de secours pour élèves en difficulté. Une perception qui, malgré les discours officiels, continue de peser lourdement sur son attractivité.
Sur le terrain, les constats sont connus : ateliers insuffisamment équipés, établissements vieillissants, manque d’enseignants spécialisés, formations parfois déconnectées des réalités économiques.


Résultat : un secteur stratégique pour l’emploi, mais encore fragile dans sa structuration.
Et pourtant, c’est lui qui est désormais appelé à jouer un rôle central.
Une réforme qui change les règles du jeu
La réforme éducative en cours d’examen au Parlement marque une rupture nette avec l’ancien modèle.
Jusqu’ici, un élève issu de l’enseignement général pouvait intégrer un lycée technique par voie de concours. Cette passerelle disparaîtra si la nouvelle loi est promulguée.
Demain, la logique sera différente : seuls les titulaires d’un diplôme technique du premier cycle pourront accéder au lycée technique de nouveaux collèges techniques devront être créés les filières techniques seront structurées dès le début du secondaire.
Autrement dit, l’enseignement technique ne sera plus une option tardive, mais une trajectoire complète.
Un changement de paradigme. Un chantier gigantesque pour le nouveau ministre
Pour Gustave René Fulgence Adicolle Goum, la réforme représente autant une opportunité qu’une épreuve de vérité.
Car derrière les textes de loi se cachent des réalités très concrètes : élaborer les programmes des nouveaux collèges techniques ; construire ou transformer des établissements publics d’enseignement technique ; agréer des nouveaux collèges privés d’enseignement technique ; recruter et former des enseignants techniques ; équiper des ateliers modernes ; attirer puis orienter des milliers d’élèves vers les filières techniques dès le collège ; rassurer des parents encore sceptiques
La réussite de la réforme dépendra moins des intentions que de la capacité à la mettre en œuvre. Et sur ce terrain, le temps presse. Valoriser enfin une filière stratégique. Au-delà des infrastructures et des programmes, le défi majeur reste culturel. Il s’agit de changer le regard porté sur les métiers techniques.
Dans de nombreux pays, les techniciens sont au cœur de l’économie : électriciens, mécaniciens, informaticiens, soudeurs, techniciens industriels. Au Congo, ces métiers restent souvent perçus comme des choix par défaut.
La réforme vise précisément à renverser cette logique. Faire de l’enseignement technique : une voie d’excellence, une voie d’emploi ; une voie d’avenir
Mais cela demandera plus que des discours. Une responsabilité historique.
La nomination de Gustave René Fulgence Adicolle Goum intervient à un moment où l’enseignement technique n’a plus le droit à l’erreur. La pression sociale est forte, les attentes des jeunes immenses, et les besoins en compétences techniques de plus en plus urgents.
Le nouveau ministre hérite d’un secteur longtemps marginalisé, mais désormais placé au centre des espoirs de transformation économique.
Entre ambition politique et réalités du terrain, le défi est immense.
Toutefois, au fond, la question n’est plus de savoir si la réforme est nécessaire. Elle l’est. La vraie question est désormais ailleurs : le système éducatif congolais est-il prêt à faire de l’enseignement technique le moteur de l’avenir des jeunes ?
Enfin, le nouveau ministre est responsable et sait que si le charbon ne te bruler, il te noircit et persuadé que celui qui n’arrête pas une erreur la favorise. Son premier baptême de feu aura été le lancement du Bac EPS. Reste qu’à lui souhaiter pleins succès !
Abibe Ayoka

