Pendant cinq jours, près d’une quarantaine d’établissements d’enseignement supérieur ont été réunis en un seul lieu, dans l’enceinte de l’amphithéâtre Jean-Baptiste Taty Loutard, dans le but d’informer, d’orienter et d’accompagner les nouveaux bacheliers congolais. À l’origine de cette mobilisation inédite : Madame Delphine Édith Emmanuel, née Adouki, Ministre de l’Enseignement Supérieur pour cette troisième édition.
À l’heure où des milliers de nouveaux bacheliers s’apprêtent à choisir leur avenir universitaire, le Salon d’information et d’orientation des bacheliers et des étudiants, ouvert le 21 juillet 2026 à Brazzaville, s’est imposé comme une croisade académique et diplomatique qu’un rendez-vous d’orientation. Pendant plusieurs jours, il a transformé la capitale congolaise en une plateforme de dialogue entre établissements d’enseignement supérieur, partenaires internationaux et futurs étudiants, autour d’une question essentielle : comment préparer une jeunesse capable de répondre aux défis du XXIᵉ siècle ?
Placée sous l’autorité de la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation technologique, le professeur Édith Delphine Emmanuel Adouki, cette édition 2026 a réuni un large éventail d’acteurs diplomatiques et institutionnels. Les ambassades du Maroc, d’Algérie, du Brésil, de l’Inde, du Venezuela et de la Turquie ont partagé la scène avec la Représentation de l’UNESCO, la Maison russe, l’Institut Confucius et l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF), illustrant la diversité des partenariats éducatifs proposés aux étudiants congolais.

L’originalité de cette édition résidait dans son organisation en deux volets. Le premier, à vocation internationale, a permis aux représentations diplomatiques et aux organisations partenaires de présenter leurs systèmes universitaires, leurs programmes de bourses et leurs opportunités de mobilité. Le second, consacré aux offres nationales, a mis en lumière les formations proposées par les universités publiques et privées du Congo.
A l’ouverture, prenant la parole, la ministre a rappelé que l’orientation constitue désormais une politique publique majeure. Selon elle, le manque d’information demeure l’une des principales causes des erreurs d’orientation qui compromettent les parcours universitaires et, à terme, l’insertion professionnelle des jeunes diplômés. « Un étudiant mal orienté est un étudiant exposé à l’échec », a-t-elle résumé, plaidant pour une meilleure connaissance des filières et des débouchés avant toute inscription dans l’enseignement supérieur.
Le professeur Adouki a également salué la fidélité des pays partenaires qui, chaque année, accueillent de nombreux étudiants congolais grâce aux bourses de coopération. Elle a rendu hommage au professeur Macker Bachi, disparu récemment, tout en exprimant sa solidarité au peuple vénézuélien frappé par un séisme meurtrier.
Le Maroc, vitrine d’une coopération universitaire africaine
Parmi les interventions les plus remarquées, celle de l’ambassadrice du Royaume du Maroc a illustré la montée en puissance de la coopération universitaire Sud-Sud.
S’adressant directement aux futurs étudiants, la diplomate a présenté le Maroc comme une destination académique fondée sur une vision stratégique de solidarité africaine. Elle a détaillé l’organisation de l’enseignement supérieur marocain, composé d’universités publiques, d’établissements privés reconnus et d’institutions développées en partenariat public-privé.

Elle a rappelé que le Royaume accueille déjà plus d’un million d’étudiants dans ses établissements, tout en proposant chaque année des bourses royales aux étudiants africains grâce à l’Agence marocaine de coopération internationale. Au-delà des chiffres, son message s’est voulu résolument politique : faire confiance aux capacités du continent africain. « La première université encore en activité dans le monde se trouve en Afrique. Nous devons croire en l’Afrique et investir dans nos propres talents », a-t-elle déclaré, invitant les jeunes Congolais à considérer la mobilité académique comme un instrument de rapprochement entre les peuples plutôt que comme un simple projet individuel.
Elle a également expliqué les deux voies d’accès aux études au Maroc : la filière institutionnelle, appuyée par les bourses de coopération, et la filière privée, qui offre davantage de souplesse aux étudiants disposant de ressources propres.
L’UNESCO appelle à former les bâtisseurs du développement
La Représentante résidente de l’UNESCO au Congo, Adama-Dian Barry, a, quant à elle, replacé le débat dans une perspective mondiale.
Son intervention a dépassé la seule question de l’accès aux études pour interroger la finalité même de l’université. « L’enseignement supérieur ne doit plus seulement délivrer des diplômes ; il doit former des femmes et des hommes capables de transformer leur société », a-t-elle affirmé.

S’appuyant sur les Objectifs de développement durable, notamment l’ODD 4 consacré à une éducation de qualité, elle a insisté sur cinq priorités : améliorer la qualité des formations, garantir un accès équitable, développer les compétences numériques et entrepreneuriales, renforcer la recherche scientifique et promouvoir la coopération internationale.
Pour l’UNESCO, le défi africain est désormais celui de transformer la jeunesse du continent en véritable moteur de croissance économique.
Dans cette perspective, elle a exhorté les futurs étudiants à choisir leurs filières en fonction des besoins réels du pays : agriculture, santé, énergie, numérique, gouvernance, climat ou encore innovation. « Une université ne se mesure pas seulement au nombre de ses diplômés, mais à l’impact de ceux-ci sur le développement de leur pays », a-t-elle insisté. Au-delà des conférences, le Salon a permis aux visiteurs de découvrir les offres de formation présentées dans trente-huit stands réunissant universités publiques, établissements privés et partenaires internationaux.
Cette rencontre directe entre établissements et futurs étudiants constitue désormais l’un des principaux objectifs de cette manifestation, appelée à se poursuivre jusqu’au 26 juillet afin d’accompagner la publication progressive des résultats du baccalauréat général.
Dans un contexte où les besoins en compétences évoluent rapidement sous l’effet des transformations numériques, climatiques et économiques, cette édition 2026 marque une évolution importante de la politique d’orientation au Congo. L’accent n’est plus seulement mis sur l’accès à l’université, mais sur la construction de parcours cohérents, ouverts sur l’international et adaptés aux exigences du développement national.
À travers ce Salon, le gouvernement congolais et ses partenaires ont adressé un même message à la jeunesse : l’orientation n’est plus une simple formalité administrative. Elle constitue désormais l’une des décisions les plus déterminantes pour bâtir une génération capable d’accompagner la transformation économique, scientifique et sociale du Congo.
Désormais le salon de l’orientation ou de l’information s’impose comme une urgence éducative.
Abibe Ayoka
