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République du Congo/Affaire Oko Ngakala : Avant de condamner ou d’accuser, une exigence s’impose !

République du Congo/Affaire Oko Ngakala : Avant de condamner ou d’accuser, une exigence s’impose !

République du Congo/Affaire Oko Ngakala : Avant de condamner ou d’accuser, une exigence s’impose !

République du Congo/Affaire Oko Ngakala : Avant de condamner ou d’accuser, une exigence s’impose !

Il y a des événements qui semblent, au premier regard, ne concerner que ceux qui y sont directement impliqués. Mais certains incidents révèlent parfois un malaise beaucoup plus profond. L’affaire impliquant le colonel André Oko Ngakala, procureur de la République en République du Congo, pourrait bien appartenir à cette catégorie.

Selon les informations diffusées sur les réseaux sociaux et reprises par certains médias, l’incident serait né d’un différend immobilier à Kinshasa. Le colonel André Oko Ngakala aurait accompagné son épouse, propriétaire d’une résidence mise en location, dans le cadre d’un litige avec des locataires qui auraient refusé de respecter leur préavis de départ. Ceux-ci auraient sollicité l’intervention de la police. Le procureur aurait alors été conduit dans un commissariat et placé en garde à vue, après avoir, selon les récits qui circulent, été violemment malmené. Il aurait ensuite été libéré à la suite de l’intervention de l’ambassade de la République du Congo en RDC. Avant de condamner ou d’accuser, une exigence s’impose : établir les faits. Que s’est-il réellement passé ? Qui a sollicité la police ? Pourquoi le procureur a-t-il été conduit au commissariat ? Dans quelles conditions son interpellation s’est-elle déroulée ? Les procédures ont-elles été respectées ? Y a-t-il eu usage disproportionné de la force ? Ces questions doivent recevoir des réponses. Nous ne prétendons pas nous proclamer l’héritier de Ta Nkeoua, ce grand juge traditionnel dont les décisions étaient reconnues par l’État et consacrées, d’une certaine manière, par le droit moderne. Mais la sagesse kongo nous offre deux principes qui peuvent nous aider à regarder cette affaire avec davantage de recul : Le premier nous invite à partager les responsabilités. Le second nous demande d’aller au-delà du symptôme pour rechercher la source du problème. Lorsque la chasse n’a pas été fructueuse, il faut faire les mêmes reproches au chien et au grelot. Le chien n’a peut-être pas su flairer le gibier ; le grelot a peut-être fait trop de bruit et alerté celui-ci. La sagesse nous enseigne ainsi qu’il ne faut pas rechercher immédiatement un seul coupable. Appliquons cette leçon à l’affaire Oko Ngakala.

Ngakala à Kinshasa.

 En raison de ses fonctions, sa présence en RDC devait légitimement être portée à la connaissance des autorités compétentes, même si son déplacement était privé. Les mécanismes diplomatiques et administratifs permettent précisément d’éviter les malentendus lorsqu’une personnalité exerçant des fonctions sensibles se trouve sur le territoire d’un État voisin. L’ambassade de la République du Congo à Kinshasa avait-elle connaissance de sa présence ? Les autorités compétentes de la RDC en avaient-elles été informées ? Les conditions de son séjour étaient-elles clairement établies ? Ces questions méritent des réponses. Mais aucune irrégularité éventuelle ne saurait justifier une violence. Il faut également rappeler une évidence : André Oko Ngakala est procureur de la République en République du Congo, et non en République démocratique du Congo. Les pouvoirs liés à sa fonction s’exercent dans le cadre territorial de l’État qui lui a confié cette responsabilité. À Kinshasa, il ne peut donc pas exercer les prérogatives qu’il détient à Brazzaville. Mais cela ne signifie pas qu’il cesse d’être protégé par la loi. Une fonction publique ne place personne au-dessus de la loi, mais elle ne prive personne de la protection de la loi. C’est cette double exigence qui doit guider notre réflexion. Mais voilà où commence la véritable question. Et si l’affaire Oko Ngakala n’était que l’odeur d’un problème beaucoup plus profond ? C’est ici que revient le deuxième principe : Dans l’imaginaire traditionnel kongo, la tortue est associée aux émissions de gaz. Lorsque l’odeur apparaît, il ne suffit pas de l’éloigner en agitant la main. Il faut rechercher son origine. Il faut chercher la source. Alors, quelle est la source du malaise qui semble progressivement dégrader la confiance entre les Congolais des deux rives du fleuve Congo, après les affaires de Makotipoko et Betou ? Est-ce réellement cette affaire immobilière ou celles de Makotipoko et Betou ? Nous pouvons toujours répondre oui et nous arrêter là. Mais ce serait peut-être manquer l’essentiel. Depuis quelque temps, les choix diplomatiques, économiques et militaires du Congo-Brazzaville sont observés avec une attention particulière à Kinshasa. Les relations avec le Rwanda, les coopérations militaires, la présence de ressortissants rwandais présentés comme agriculteurs, les débats autour de l’acquisition de terres et surtout la guerre dans l’est de la République démocratique du Congo nourrissent des interrogations. À Brazzaville, nous pouvons considérer ces questions séparément. Mais à Kinshasa, elles peuvent être perçues comme les éléments d’un même ensemble. À force d’additionner les événements, les peuples finissent par regarder l’ensemble. Et lorsque la confiance est fragile, chaque nouvel événement peut renforcer les inquiétudes déjà présentes. C’est ainsi qu’une affaire qui aurait pu rester privée peut prendre une dimension politique. Une question revient alors dans une partie de l’opinion congolaise de la RDC : « Les amis de nos amis sont nos amis. Mais qui sont les amis de nos ennemis ? » La question est brutale. Elle traduit néanmoins une inquiétude que le Congo-Brazzaville ne devrait pas ignorer. Si Kinshasa considère le Rwanda comme un acteur hostile dans le conflit qui ravage l’est du pays, comment interprète-t-elle les rapprochements entre Kigali et Brazzaville ? Le Congo-Brazzaville doit pouvoir répondre à cette question. Non pas sous la pression de Kinshasa. Non pas dans la précipitation. Mais avec la clarté qu’exige une politique étrangère souveraine. Le Congo-Brazzaville peut entretenir des relations avec le Rwanda. Il peut considérer Kigali comme un partenaire économique, politique ou stratégique. Il peut également vouloir préserver ses relations avec la République démocratique du Congo. Il en a le droit. Mais une politique étrangère ne consiste pas seulement à avoir plusieurs partenaires. Elle consiste aussi à savoir où se trouvent les intérêts fondamentaux du pays lorsque les intérêts de ces partenaires deviennent contradictoires. Et c’est ici que surgit une question que beaucoup préféreraient peut-être ne pas poser : le Congo-Brazzaville devra-t-il un jour choisir entre le Rwanda et la République démocratique du Congo ? Poser cette question ne signifie pas demander au Congo de déclarer le Rwanda ennemi. Cela ne signifie pas non plus réclamer une rupture diplomatique avec Kigali. Cela signifie simplement qu’un État doit savoir quelles relations sont stratégiques, lesquelles sont essentielles et quelles priorités doivent guider ses choix lorsque les circonstances deviennent difficiles. Regardons toutes les responsabilités.

Ne cherchons pas immédiatement un seul coupable. Et surtout : Ne nous contentons pas de disperser l’odeur. Cherchons sa source. Car peut-être que le véritable problème n’est pas seulement ce qui s’est passé dans un commissariat de Kinshasa. Peut-être que le véritable problème est la confiance qui se dégrade entre deux peuples qui devraient pourtant être les plus proches. Alors, ayons le courage de nous poser la question jusqu’au bout : où se trouvent les priorités stratégiques, historiques et fraternelles du Congo-Brazzaville ?

Samira M’pèra

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