Privations d’électricité, difficultés d’accès à l’eau potable et contestation de la gestion de la société publique Énergie électrique du Congo (E²C) : la grogne gagne du terrain en République du Congo. Des appels à manifester le 31 octobre circulent sur les réseaux sociaux, tandis que le syndicat de l’entreprise annonce une assemblée générale le 18 novembre. Face à cette exaspération grandissante, les autorités sont attendues sur des réponses concrètes.
La colère gronde en République du Congo. À Brazzaville comme à Pointe-Noire, les difficultés d’accès à l’eau potable et à l’électricité alimentent le mécontentement d’une partie de la population. Sur les réseaux sociaux, des citoyens relaient des appels à manifester le 31 octobre prochain en direction du ministère de l’Énergie et de l’Hydraulique. L’objectif affiché : dénoncer la dégradation des services publics et réclamer la démission du ministre Bruno Jean Richard Itoua.
À l’origine de cette mobilisation annoncée, un quotidien devenu éprouvant pour de nombreux ménages. Des quartiers entiers sont régulièrement privés d’électricité, plongeant les habitants dans l’obscurité et ravivant les inquiétudes liées à l’insécurité. À ces coupures s’ajoutent les difficultés d’approvisionnement en eau, deux services essentiels dont les dysfonctionnements pèsent sur les conditions de vie des populations.
À Pointe-Noire, le mécontentement semble également gagner la rue. Une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux montre des jeunes manifester à visage découvert pour réclamer le départ d’Adou Danga, directeur général de l’Énergie électrique du Congo. Ces images témoignent d’une exaspération qui ne se limite plus aux commentaires publiés en ligne.
La contestation trouve aussi un écho au sein même de l’entreprise publique. Il y a quelques jours, le syndicat de l’E²C a dénoncé ce qu’il présente comme une gestion opaque de la société, évoquant notamment des interrogations autour de l’attribution de certains appels d’offres à des sociétés qualifiées d’« écrans ». Des accusations graves qui, si elles sont établies, appelleraient des éclaircissements et des vérifications appropriées de la part des autorités compétentes.
Les représentants des travailleurs pointent également ce qu’ils considèrent comme un manque de volonté d’investir suffisamment dans les équipements nécessaires à l’amélioration de la desserte en électricité. Ils opposent ces insuffisances présumées aux soupçons de détournements qu’ils dénoncent dans la gestion de l’entreprise. À ce stade, ces accusations doivent toutefois être examinées sur la base de faits vérifiables et des réponses des responsables concernés.
Dans ce contexte tendu, une assemblée générale est annoncée pour le 18 novembre. Selon les revendications rapportées, les travailleurs entendent réclamer le départ de l’équipe dirigeante de l’E²C. Cette échéance pourrait ainsi constituer un nouveau test pour la direction de l’entreprise, mais aussi pour les pouvoirs publics, sommés de répondre aux préoccupations des salariés et des usagers.

Directeur général de l’E²C, Adou Danga
Une question demeure : ces mobilisations annoncées déboucheront-elles sur des changements concrets ? La marche prévue le 31 octobre pourra-t-elle se tenir, sous réserve de l’autorisation des autorités compétentes ? Et l’assemblée générale du 18 novembre permettra-t-elle aux travailleurs d’obtenir satisfaction ?
Au-delà du sort du directeur général Adou Danga, une autre interrogation se pose : dans quelle mesure les revendications syndicales peuvent-elles entraîner un changement à la tête d’une entreprise publique dont le dirigeant est nommé en Conseil des ministres ? La réponse dépendra notamment des décisions des autorités et des suites qu’elles donneront aux griefs formulés.
Mais réduire cette crise à une question de personnes serait passer à côté de l’essentiel. Pour les familles, les commerçants, les établissements de santé et les entreprises, l’urgence est d’abord de retrouver un accès régulier à l’eau et à l’électricité. Les citoyens attendent des explications sur les dysfonctionnements, des investissements dans les infrastructures et une gestion transparente des ressources publiques.
Le gouvernement peut-il rester silencieux face à une colère qui s’exprime désormais sur les réseaux sociaux, dans les rues et au sein même de l’entreprise chargée de fournir l’électricité ? Au-delà des annonces et des éventuelles sanctions, les Congolais attendent des mesures précises, un calendrier d’amélioration des services et des garanties de transparence.
Le 31 octobre et le 18 novembre seront-elles les deux dates d’une nouvelle montée de la contestation ou le point de départ d’une réponse attendue depuis longtemps ? Dans un pays où l’accès à l’eau et à l’électricité conditionne la vie quotidienne de millions de personnes, l’enjeu dépasse désormais les querelles de direction : il touche à la confiance entre les citoyens et leurs gouvernants.
Luzingu-zingula

