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RÉPUBLIQUE DU CONGO : EAU ET ÉLECTRICITÉ, DEUX URGENCES SOCIALES ET UN DÉFI MAJEUR À RELEVER AVANT 2030

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RÉPUBLIQUE DU CONGO : EAU ET ÉLECTRICITÉ, DEUX URGENCES SOCIALES ET UN DÉFI MAJEUR À RELEVER AVANT 2030

Le développement d’une nation ne se mesure pas uniquement à ses richesses naturelles, mais aussi à sa capacité à garantir à chaque citoyen l’accès à l’eau potable et à une énergie fiable.

L’eau et l’électricité : au-delà des infrastructures, une question de dignité humaine

La République du Congo dispose d’un patrimoine naturel considérable. Notre pays bénéficie d’importantes ressources hydriques, d’un potentiel énergétique appréciable et d’atouts naturels qui pourraient constituer de véritables leviers de développement économique et social.

Pourtant, une réalité interpelle quotidiennement nos populations : l’accès régulier à l’eau potable et à l’électricité demeure une préoccupation majeure pour de nombreux ménages, aussi bien dans les grandes agglomérations que dans les localités de l’intérieur du pays.

À Brazzaville, à Pointe-Noire, à Dolisie, à Nkayi, à Ouesso et dans plusieurs autres villes et départements, des familles continuent de vivre avec les difficultés liées à la disponibilité de ces deux services essentiels.

Derrière chaque coupure d’électricité, il y a une activité économique qui s’arrête, un commerçant qui perd ses marchandises, un artisan qui ne peut plus travailler, un étudiant qui peine à réviser ses cours et parfois un malade dont la prise en charge devient plus compliquée.

Derrière chaque difficulté d’approvisionnement en eau, il y a une mère de famille obligée de parcourir des distances pour trouver de l’eau, un enfant exposé aux risques sanitaires et des familles contraintes de consacrer une partie importante de leurs revenus à l’achat d’une ressource qui devrait être accessible dans des conditions dignes.

Il est donc essentiel de comprendre que l’eau et l’électricité ne sont pas simplement des produits commerciaux ou des questions techniques relevant exclusivement des entreprises publiques. Elles sont au cœur de la dignité humaine, de la santé publique, de l’éducation, de l’emploi et de la justice sociale.

2030 : le compte à rebours des Objectifs de développement durable est engagé

En septembre 2015, les États membres des Nations Unies ont adopté l’Agenda 2030 pour le développement durable, articulé autour de 17 Objectifs de développement durable (ODD).

Deux de ces objectifs concernent directement notre réflexion.

L’ODD 6 : garantir l’accès de tous à l’eau et à l’assainissement et assurer une gestion durable des ressources en eau.

L’ODD 7 : garantir l’accès de tous à des services énergétiques fiables, durables, modernes et à un coût abordable.

Ces engagements internationaux ne doivent pas rester de simples déclarations d’intention. Ils constituent une responsabilité collective et une obligation morale de résultats envers les générations présentes et futures.

Les données disponibles de la Banque mondiale illustrent l’ampleur du défi pour notre pays. Selon ses indicateurs, l’accès à l’électricité en République du Congo était estimé à 53 % de la population en 2024. Pour l’eau potable gérée en toute sécurité, l’indicateur disponible faisait état de 46 % en 2021. Ces deux chiffres ne mesurent pas exactement les mêmes périodes ni les mêmes niveaux de service, mais ils soulignent l’importance du chemin qu’il reste à parcourir.

Notre interrogation est donc légitime : comment transformer les engagements de 2030 en résultats concrets pour les Congolais ?

Nous devons sortir d’une logique dans laquelle les populations s’habituent aux difficultés et entrer dans une véritable culture de planification, d’anticipation et de résultats.

Comment accompagner la République du Congo pour atteindre ces objectifs ?

En notre qualité de structure engagée dans la promotion et la défense des droits humains, nous considérons que notre rôle ne consiste pas à nous substituer aux institutions de la République, mais à apporter notre contribution, notre expertise, notre capacité de mobilisation et notre regard indépendant.

Notre démarche doit être constructive, inclusive et orientée vers des solutions concrètes.

1. Réaliser un diagnostic national indépendant et participatif

Avant de proposer des solutions, il faut connaître précisément la situation.

Nous proposons d’encourager un état des lieux national sur l’accès à l’eau potable et à l’électricité, département par département, district par district et commune par commune.

Ce diagnostic devra notamment identifier :

– Les localités insuffisamment desservies ;

– Les quartiers confrontés à des interruptions récurrentes ;

– Les infrastructures existantes nécessitant une réhabilitation ;

– Les besoins en extension des réseaux de distribution ;

– Les difficultés particulières rencontrées par les populations rurales ;

– Les capacités réelles de production et de distribution des opérateurs.

Il ne s’agit pas de produire un rapport supplémentaire destiné à dormir dans un tiroir, mais de disposer d’un véritable instrument d’aide à la décision.

2. Accompagner la modernisation des infrastructures hydrauliques et électriques

La disponibilité des ressources naturelles ne suffit pas. Encore faut-il disposer des infrastructures permettant de les exploiter, de les transformer et de les acheminer jusqu’aux populations.

Pour l’eau, il devient indispensable de renforcer les capacités de captage, de traitement, de stockage et de distribution, tout en assurant l’entretien régulier des réseaux et la réduction des pertes.

Pour l’électricité, les priorités doivent porter sur la modernisation des installations de production, le renforcement du transport, la réhabilitation des réseaux de distribution et l’amélioration de la maintenance.

Nous devons également encourager le développement des solutions énergétiques complémentaires, notamment le solaire, les mini-réseaux et les systèmes décentralisés pour les localités éloignées.

Pourquoi attendre qu’un village soit raccordé à un grand réseau national lorsque des solutions adaptées peuvent déjà améliorer les conditions de vie de ses habitants ?

3. Faire de l’eau et de l’électricité des instruments de lutte contre la pauvreté

Il faut replacer le citoyen au centre de nos politiques publiques.

L’accès à l’eau potable permet de prévenir certaines maladies, de réduire les dépenses de santé et d’améliorer les conditions de vie des familles.

L’accès à l’électricité permet aux petites entreprises de fonctionner, aux jeunes de développer des activités génératrices de revenus, aux établissements scolaires d’améliorer leurs conditions d’apprentissage et aux structures sanitaires de renforcer leurs capacités de prise en charge.

Il faut donc considérer chaque investissement dans ces secteurs comme un investissement dans le capital humain et dans l’économie nationale.

Nous devons également promouvoir des mécanismes tarifaires socialement équitables, afin que les ménages les plus vulnérables ne soient pas exclus de ces services en raison de leur situation économique.

4. Mobiliser les partenaires techniques, financiers et le secteur privé

L’État ne peut pas porter seul l’ensemble des investissements nécessaires. La mobilisation des partenaires au développement, des institutions financières internationales, des banques, des investisseurs privés et des partenaires bilatéraux doit être renforcée.

Nous devons encourager la constitution de projets bancables, assortis d’études techniques sérieuses, de mécanismes transparents de financement et d’indicateurs précis de résultats.

Les partenariats public-privé peuvent également constituer des instruments utiles, à condition que les contrats protègent l’intérêt général, garantissent la transparence et préservent l’accessibilité financière des services.

L’objectif n’est pas de multiplier les annonces de financement, mais de faire en sorte que chaque financement mobilisé se traduise par un branchement supplémentaire, un forage fonctionnel, une station réhabilitée ou une localité nouvellement desservie.

5. Instaurer un mécanisme de suivi et d’évaluation des engagements à l’horizon 2030

Nous proposons qu’un cadre de concertation réunisse périodiquement les pouvoirs publics, les opérateurs concernés, les collectivités locales, la société civile, les organisations de défense des droits humains et les partenaires techniques et financiers.

Ce cadre pourrait permettre de suivre des indicateurs simples et vérifiables :

– Le nombre de nouveaux ménages ayant accès à l’eau potable ;

– Le nombre de localités nouvellement électrifiées ;

– La fréquence et la durée des interruptions de service ;

– La qualité de l’eau distribuée ;

– Le coût des services pour les ménages ;

– Le taux de fonctionnement effectif des infrastructures réalisées.

La transparence des résultats est indispensable. Les citoyens ont le droit de savoir ce qui est prévu, ce qui est financé, ce qui est réalisé et ce qui reste à faire.

Notre proposition : passer du constat à l’action

En tant que Directeur Pays de la République du Congo et Coordonnateur du Bureau Afrique centrale de la Commission Internationale des Droits de l’Homme, nous souhaitons inscrire notre action dans une démarche de responsabilité, de dialogue institutionnel et de coopération.

Nous envisageons notamment de contribuer à une dynamique d’accompagnement reposant sur quatre axes :

Premièrement, organiser des consultations avec les administrations compétentes et les opérateurs des secteurs de l’eau et de l’électricité afin de mieux comprendre les difficultés et les programmes en cours.

Deuxièmement, promouvoir des rencontres de concertation avec les collectivités locales, les associations, les acteurs économiques et les populations directement concernées.

Troisièmement, contribuer à la formulation de recommandations et de propositions de projets susceptibles d’être présentés aux partenaires techniques et financiers.

Quatrièmement, encourager la mise en place d’un dispositif citoyen de suivi des progrès accomplis en matière d’accès à l’eau et à l’électricité, dans le respect des compétences des institutions nationales.

Nous sommes convaincus que la coopération entre les institutions nationales et les organisations internationales de défense des droits humains peut contribuer à accélérer la réalisation de ces objectifs.

Une responsabilité envers les générations futures

Il serait regrettable qu’à l’approche de 2030, nous soyons encore obligés de dresser le même constat sans avoir suffisamment transformé les conditions de vie de nos populations.

Le Congo ne manque pas d’atouts. La question fondamentale est celle de notre capacité collective à transformer ces atouts en services accessibles, fiables et durables.

Nous devons également comprendre que le développement ne se limite pas à la construction de grandes infrastructures. Il se mesure aussi à la qualité des services rendus, à leur continuité, à leur accessibilité financière et à leur répartition équitable sur l’ensemble du territoire national.

Une école sans électricité, un centre de santé sans eau courante, une entreprise privée d’énergie ou une famille obligée de parcourir plusieurs kilomètres pour obtenir de l’eau potable nous rappellent que le développement doit avant tout avoir un visage humain.

Notre ambition doit être claire : faire en sorte qu’aucun Congolais ne soit condamné à vivre sans accès à l’eau potable et à l’électricité simplement parce qu’il habite dans un quartier périphérique, un village éloigné ou une localité moins favorisée.

2030 approche. Le temps des engagements doit désormais laisser davantage de place au temps des réalisations.

L’eau et l’électricité ne sont pas des privilèges réservés à quelques-uns. Elles constituent des conditions essentielles de la dignité humaine et du développement.

C’est ensemble, dans le dialogue, la transparence, la responsabilité et la solidarité, que nous pourrons contribuer à relever ce défi national.

L’avenir du Congo se construit aussi au robinet de chaque foyer et à la lumière de chaque maison.

Valentin MBERI, Directeur Pays – République du Congo (Brazzaville)

Coordonnateur du Bureau Afrique centrale

Commission Internationale des Droits de l’Homme

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