À Brazzaville, les pénuries d’eau, les coupures d’électricité et les difficultés d’approvisionnement en carburant alimentent le mécontentement d’une partie de la population. Face à cette accumulation de difficultés, les attentes envers le gouvernement grandissent.
Pendant ce temps, les Congolais continuent de chercher des solutions à des problèmes qui ne devraient pourtant pas relever de leur seule débrouillardise. Au Congo, il faut décidément apprendre à développer de nouveaux talents pour survivre au quotidien. Savoir conserver ses aliments sans électricité, trouver de l’eau sans robinet, organiser ses déplacements sans carburant et, surtout, garder son calme lorsque les difficultés s’accumulent. À défaut de services publics suffisamment fiables, la population semble devoir devenir experte en système D. La question mérite pourtant d’être posée : jusqu’à quand les Congolais devront-ils supporter cette succession de pénuries sans obtenir des explications précises sur les causes de ces dysfonctionnements et les mesures envisagées pour y remédier ? Sous la présidence de Denis Sassou-Nguesso, les attentes sociales demeurent considérables. L’accès à l’eau potable, à l’électricité, au carburant et aux transports constitue le minimum indispensable au fonctionnement d’une société. Ce ne sont ni des cadeaux politiques ni des faveurs distribuées au gré des circonstances. Ce sont des besoins fondamentaux auxquels les citoyens sont en droit d’attendre une réponse. Mais au Congo, le quotidien de nombreux ménages ressemble parfois à une succession d’épreuves. Le matin, il faut chercher de l’eau. À midi, il faut composer avec les coupures d’électricité. Pour se déplacer, il faut parfois s’armer de patience face aux difficultés d’approvisionnement en carburant. Et le soir, lorsque les familles espèrent enfin retrouver un peu de tranquillité, les mêmes préoccupations demeurent. À croire que le citoyen congolais doit désormais intégrer la pénurie dans son programme journalier, au même titre que le travail, les repas et le sommeil. Il y a quelque chose de particulièrement préoccupant dans cette accumulation de difficultés : le sentiment d’abandon qu’elle peut nourrir au sein de la population. Car un gouvernement ne se juge pas uniquement à ses déclarations officielles, à ses cérémonies protocolaires ou à ses projets annoncés. Il se mesure aussi à sa capacité à garantir les services essentiels et à apporter des réponses concrètes lorsque le quotidien des citoyens est bouleversé. Les Congolais attendent des explications. Ils veulent comprendre les raisons des perturbations, connaître les responsabilités éventuelles et surtout savoir quand la situation pourra revenir à la normale. Un calendrier de rétablissement de l’approvisionnement en eau et en électricité, des mesures d’urgence et une communication gouvernementale régulière seraient déjà des réponses attendues. Car gouverner, ce n’est pas seulement annoncer des ambitions pour demain. C’est également résoudre les problèmes d’aujourd’hui. La crise du carburant, lorsqu’elle se prolonge, dépasse largement le cadre des stations-service. Elle devient une affaire économique et sociale. Les transporteurs sont affectés, les déplacements se compliquent, les marchandises circulent plus difficilement et les coûts d’exploitation augmentent. Les petits commerçants, les artisans, les entrepreneurs et les travailleurs indépendants sont particulièrement exposés. Pour eux, une journée sans activité peut signifier une journée sans recettes. Et dans un contexte où les revenus des ménages sont déjà sous pression, chaque dépense supplémentaire devient une difficulté de plus. L’électricité et l’eau ne sont pas davantage des questions secondaires. Les coupures peuvent entraîner des pertes de marchandises, perturber les activités commerciales, compromettre la conservation des produits alimentaires et contraindre les familles à engager des dépenses supplémentaires pour accéder à des ressources indispensables. Au bout du compte, ce sont les mêmes qui paient la facture : les citoyens. Il serait excessif de prétendre qu’un gouvernement peut prévenir toutes les difficultés. Les contraintes techniques, les problèmes d’approvisionnement et les imprévus peuvent toucher n’importe quel pays. Mais ce qui est attendu des pouvoirs publics, c’est leur capacité à anticiper, à communiquer, à organiser les réponses et à limiter les conséquences pour les populations. C’est précisément sur ce terrain que se joue la confiance entre gouvernants et gouvernés. À force de devoir improviser pour accéder à l’eau, à l’électricité ou au carburant, les citoyens finissent par s’interroger sur l’efficacité des mécanismes de gestion publique. Et lorsque les réponses tardent, le silence institutionnel peut devenir aussi pesant que les pénuries elles-mêmes. Le Congo ne manque pourtant pas de discours sur le développement, la modernisation et l’amélioration des conditions de vie. Mais entre les ambitions affichées et la réalité vécue dans les quartiers, il existe parfois un fossé que les déclarations officielles ne suffisent pas à combler. La population n’attend pas nécessairement des promesses supplémentaires. Elle attend des résultats mesurables. Au fond, la question n’est pas de savoir combien de temps les Congolais peuvent encore s’adapter aux pénuries. Ils ont déjà démontré une remarquable capacité de résilience. La véritable interrogation est plutôt de savoir combien de temps les services publics peuvent encore fonctionner sans répondre régulièrement aux besoins essentiels de leurs usagers. Car un peuple peut supporter des difficultés. Mais il est en droit de demander des comptes, des explications et des solutions à ceux qui exercent le pouvoir en son nom. À Brazzaville, le véritable luxe ne serait-il pas devenu de pouvoir ouvrir son robinet, allumer son ampoule et trouver du carburant sans avoir à transformer chacune de ces opérations en parcours du combattant ?
Achille Tchikabaka


