Quand nous voulons contribuer à ce que notre pays aille de l’avant, il faut parfois savoir faire preuve de résilience et prendre du recul face aux vicissitudes de la vie quotidienne. Donner une chance au Congo exige de chaque patriote et de chaque citoyen engagé, qu’il soit ou non directement impliqué dans l’action publique, de faire preuve de réalisme, de pragmatisme et d’ouverture au changement. Cette exigence est d’autant plus importante lorsqu’il s’agit de la réforme et du fonctionnement de notre administration publique ainsi que du dialogue social. À l’échelle d’un département ministériel, les transformations attendues ne peuvent être appréciées de manière sérieuse, quantifiable et mesurable à travers une logique de changement radical, immédiat et unilatéral. Elles supposent que certains préalables institutionnels, administratifs, humains et budgétaires soient réunis. L’expérience de la gestion publique montre en effet que les politiques administratives ne peuvent évoluer positivement et durablement que dans un cadre structuré, fondé notamment sur : une administration publique à la hauteur des attentes des administrés, capable d’assurer un service public accessible, efficace, équitable et orienté vers les résultats ; le respect des textes législatifs et réglementaires de la République, qui s’imposent aussi bien aux administrateurs qu’aux administrés et constituent le socle de la sécurité juridique et de la gouvernance administrative ; l’alignement de l’action des responsables et des agents publics sur les orientations du plan directeur global de l’État, défini sous l’autorité du Président de la République et mis en œuvre par le Gouvernement sous la conduite du Premier Ministre, chef du Gouvernement ; la mobilisation de ressources humaines compétentes et professionnelles, sélectionnées et affectées en fonction de leurs compétences, de leur expérience, de leur sens du service public, de leur patriotisme et, surtout, de leur esprit républicain, afin de concourir efficacement à la mise en œuvre de la politique générale du Gouvernement ; la capacité de bénéficier des arbitrages institutionnels nécessaires en faveur des réformes, notamment lorsque celles-ci sont indispensables, parfois complexes et inéluctables pour atteindre les objectifs fixés dans le cahier des charges confié au ministre lors de sa prise de fonction ; un dialogue social structuré, permanent et responsable, permettant de prévenir les tensions, d’anticiper les difficultés et de rechercher, avec les partenaires sociaux, des solutions compatibles avec les impératifs de l’État, les droits des agents publics et l’intérêt général. C’est donc à l’aune de ces différents paramètres, et non sur la seule base d’une appréciation subjective ou des résultats immédiatement perceptibles, que la commission compétente de l’Assemblée nationale pourra se faire une idée objective des premiers mois d’activité de ce département ministériel. Il lui appartient d’en apprécier les orientations, les premières avancées, les éventuels dysfonctionnements, les contraintes rencontrées ainsi que les réformes restant à conduire. Une telle démarche relève pleinement du principe de reddition des comptes et du contrôle parlementaire de l’action gouvernementale. Elle permet également de distinguer ce qui relève de la responsabilité directe du département ministériel, ce qui nécessite un arbitrage interministériel et ce qui dépend de décisions ou de moyens situés à un autre niveau de responsabilité. À ce stade, nous ne pouvons donc que nous satisfaire de voir l’Assemblée nationale exercer pleinement sa mission constitutionnelle de contrôle de l’action du Gouvernement, tout comme il est légitime que le Gouvernement de la République rende compte de son action devant les représentants du peuple. Mais la chaîne de responsabilité démocratique ne s’arrête pas là : les élus de la Nation sont eux-mêmes comptables de leur mandat devant leurs mandants, c’est-à-dire devant le peuple souverain. C’est dans cette relation permanente entre Gouvernement, Parlement, administration, partenaires sociaux et citoyens que peut se construire une gouvernance publique plus responsable, plus efficace et davantage orientée vers les résultats. Donner une chance au Congo, c’est précisément accepter cette exigence de lucidité : évaluer sans complaisance, critiquer sans dénigrer, réformer sans improviser et accompagner le changement avec responsabilité.
Abibe Ayoka

