Invraisemblable que cela puisse paraître, une grande partie du personnel politique et administratif de la République du Congo bénéficie encore d’avantages qui les exemptent du paiement de l’eau et de l’électricité.
Pourtant, les ministres, députés, hauts fonctionnaires et présidents d’institutions figurent parmi les responsables publics les mieux rémunérés de la sous-région. Malgré cela, nombre d’entre eux ne règlent pas leurs consommations énergétiques. Le problème ne s’arrête pas aux individus. Les administrations publiques, les bâtiments appartenant à l’État ainsi qu’aux collectivités locales accumulent également d’importants impayés. La célèbre Tour Nabemba, qui abrite plusieurs ministères, cabinets et directions administratives, traîne ainsi une ardoise de plusieurs milliards de francs CFA en factures d’électricité non réglées. À cela s’ajoutent les privilèges internes : les agents de E2C bénéficient eux aussi, dans de nombreux cas, d’une quasi-gratuité de leur consommation électrique. Une étude réalisée en 2014 par des étudiants congolais de HEC Montréal révélait déjà que le taux de recouvrement des factures de l’ex-Société Nationale d’Électricité n’était que de 70 %. Autrement dit, près de 30 % de l’électricité consommée n’était jamais payée. Mais sur qui tout ce monde compte-t-il finalement ? Sur l’État. Beaucoup considèrent que l’État subventionne déjà suffisamment le secteur de l’électricité et que ces subventions devraient suffire à combler le manque à gagner provoqué par les impayés et les tarifs artificiellement bas. Pourtant, deux précisions importantes doivent être apportées. Premièrement, il n’est pas exact d’affirmer que lorsque l’État construit des centrales hydroélectriques, réhabilite des lignes de transport ou investit dans les réseaux de distribution, il « subventionne » directement l’entreprise d’électricité. Ces infrastructures restent avant tout la propriété de l’État congolais. La société publique n’en assure que l’exploitation. Il s’agit donc d’investissements publics patrimoniaux, et non simplement de transferts financiers destinés à compenser des pertes d’exploitation. Deuxièmement, il est regrettable que E2C ne publie pas régulièrement ses comptes détaillés. Il serait pourtant extrêmement intéressant de savoir combien l’État verse réellement chaque année au secteur électrique. Et surtout, de déterminer si ces montants suffisent réellement à compenser les pertes provoquées par les décisions politiques imposées au secteur : gratuités, impayés publics, tarifs bloqués ou exonérations diverses. Nous continuons donc d’affirmer qu’aucune amélioration durable du système électrique ne sera possible tant qu’une solution sérieuse ne sera pas trouvée pour garantir l’équilibre financier du secteur. Depuis plus de trente ans, la République du Congo reste engluée dans une crise énergétique chronique. Or, sans viabilité financière, il est pratiquement impossible d’attirer des investisseurs privés capables d’apporter des capitaux, des technologies et des compétences nouvelles. D’ailleurs, une question mérite d’être posée : depuis 2003, combien d’investisseurs privés ont réellement injecté des capitaux significatifs dans le secteur de l’électricité en République du Congo ? Nous interpellons donc très respectueusement le nouveau ministre de l’Hydraulique et de l’Énergie, Jean Bruno Richard Itoua. La question de l’équilibre financier du secteur doit enfin être mise sur la table, sans tabou. Il faut que chacun prenne ses responsabilités : que l’État assume les siennes ; que les administrations publiques paient leurs consommations ; et que tous les consommateurs assument également leur part. Car un service public de l’électricité performant a un coût. Et pour espérer disposer un jour d’un réseau fiable, moderne et accessible à tous, il faut accepter une réalité simple : l’électricité doit être payée.
Oboura Iloki Anderson


