Historiquement, avant l’accession au pouvoir de Pascal Lissouba au Congo, et ce depuis l’ère de Marien Ngouabi, l’exploitation pétrolière a débuté suite à la découverte des ressources vers 1972, les prospections initiales ayant été engagées dès 1957 sur le site de Pointe Indienne.
À cette période, les relations contractuelles entre l’État congolais et les compagnies pétrolières étaient régies par des concessions. Ces accords stipulaient qu’une société, après obtention d’un permis d’exploitation, devait exploiter les hydrocarbures, soumettre sa comptabilité à l’approbation des autorités congolaises pour certification, et s’acquitter ensuite des impôts correspondants. Cependant, le Congo souffrait alors, comme encore aujourd’hui dans une certaine mesure, d’une pénurie d’experts nationaux compétents en la matière. En conséquence, les bilans comptables présentés par Total et d’autres opérateurs affichaient systématiquement des déficits, avec une absence quasi totale de bénéfices déclarés. Cette situation masquait en réalité une spoliation des ressources pétrolières congolaises par ces sociétés, notamment françaises. L’État, dépourvu de l’expertise nécessaire, était dans l’incapacité de décrypter et de contester ces données financières. Parallèlement, le pouvoir en place était soutenu par une intelligentsia française infiltrée, composée en partie d’anciens membres des services, qui géraient les intérêts de Total en Afrique. Ce système garantissait au régime congolais des revenus minimaux, suffisants pour assurer la gestion budgétaire de base, tout en maintenant le pays dans une dépendance apparente à l’aide au développement. Cette aide dissimulait en fait un pillage organisé des hydrocarbures, les volumes réellement extraits et les découvertes annoncées ne correspondant pas, encore à ce jour, à la réalité comptable. Pour reconstituer la dynamique de cette exploitation, le Congo devrait reprendre le contrôle du terminal de Djéno et procéder à des analyses techniques, notamment par interpolations linéaires, en s’appuyant sur la documentation existante. Une comparaison entre les réserves prouvées initialement, les volumes extraits sur la durée et les stocks restants permettrait de révéler l’ampleur des détournements. Aucun gouvernement congolais n’avait osé, avant Pascal Lissouba, exiger de Total et des autres compagnies une révision de leurs pratiques opaques et de leurs contrats de vente du pétrole congolais. Lissouba fut le seul homme politique à avoir eu l’audace d’une telle initiative, laquelle suscita la crainte des dirigeants de ces sociétés. Ils savaient qu’y répondre équivaudrait à exposer au grand jour leurs manipulations et leurs falsifications à l’échelle internationale.
Abibe Ayoka


