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République du Congo : Dysfonctionnements techniques, tensions diplomatiques et recompositions

République du Congo : Dysfonctionnements techniques, tensions diplomatiques et recompositions

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République du Congo : Dysfonctionnements techniques, tensions diplomatiques et recompositions

Derrière l’apparente solennité de la cérémonie, censée incarner la continuité et la stabilité de l’État, se dessine une réalité bien plus mouvementée.

Dysfonctionnements techniques, tensions diplomatiques et recompositions internes au sein du clan présidentiel composent un théâtre parallèle, où chaque acteur tente de consolider sa position ou de redéfinir les équilibres de pouvoir. Ainsi, explorer les coulisses de cette investiture, c’est dépasser la façade officielle pour comprendre les logiques profondes qui structurent le système politique congolais. C’est aussi mettre en lumière les fractures, les ambitions et les alliances qui, bien souvent, déterminent davantage l’avenir du pays que les discours prononcés en pleine lumière. « Les coulisses de la très mouvementée investiture de Denis Sassou-Nguesso En marge de la cérémonie de prestation de serment du chef de l’État congolais, marquée par des soucis logistiques, des tensions se sont ravivées avec Libreville ainsi qu’au sein même du clan présidentiel. Le président congolais n’aime pas parler dans le vide. Encore moins le jour de son investiture. Au stade de la Concorde, à Kintélé, dans le nord de Brazzaville, le système de sonorisation a fait des siennes lorsque Denis Sassou-Nguesso a prononcé son discours de prestation de serment le 16 avril. Un laïus inaudible pour les près de 60 000 personnes réunies pour l’occasion, dont une douzaine de chefs d’État et un aréopage de diplomates et d’officiels. Ce qui a suscité l’ire du président congolais. Sommées de s’expliquer, ses filles Julienne Ngouonimba, dite « Joujou » et Ninelle Ngouélondélé, ont tenté d’arguer d’une forme de « sabotage ». Sans convaincre. Chargées de l’organisation de cet événement, elles ont fait appel à une société dont la prestation sonore s’est révélée défaillante. Elles ont opéré en lien étroit avec Rodrigue Nguesso. Ce dernier, fils de Maurice Nguesso, frère aîné du chef de l’État, s’est imposé comme l’incontournable orchestrateur de l’attribution des contrats pour l’investiture. Pour la réfection du stade, il avait ainsi indirectement fragilisé le ministre de l’aménagement du territoire et des infrastructures, Jean-Jacques Bouya, le cousin du président – dont il est un conseiller – qui défendait une proposition avoisinant les 22 milliards de francs CFA (33 millions d’euros). Pour la même mission, Rodrigue Nguesso a privilégié un prestataire dont la facture s’est élevée à 2,8 milliards de francs CFA (4,2 millions d’euros). Ce qui a contribué à renforcer la confiance du chef de l’État à son égard au détriment de Jean-Jacques Bouya, suspecté d’avoir tenté de surfacturer. Accueil glacial Douze chefs d’État africains ont pris part à la cérémonie, dont le président gabonais, Brice Clotaire Oligui Nguema, qui entretient toujours des relations tendues avec son voisin. Arrivé à Brazzaville la veille de l’investiture, en fin d’après-midi, il a eu droit à un accueil glacial de Denis Sassou-Nguesso. Car au même moment, à Libreville, l’ancien premier ministre et figure de l’opposition, Alain-Claude Bilie-By-Nze, était arrêté et placé en garde à vue pour des faits présumés d’escroquerie et d’abus de confiance, avant d’être transféré à la prison centrale de Libreville. Or, il s’agit de l’un des relais au Gabon du président congolais, suspecté d’avoir bénéficié de son soutien financier. Ce qui a considérablement tendu la rencontre entre les deux chefs de l’État. Ce même jour, le 15 avril, l’ancien président guinéen Alpha Condé (2010-2021) s’est fait discret à Brazzaville. Contraint à l’exil en Turquie depuis son renversement en septembre 2021 par le colonel Mamadi Doumbouya, cet ami de Denis Sassou-Nguesso, qui continue de lui apporter un soutien financier, est venu en catimini depuis Kinshasa. Dans la capitale congolaise, où il a été logé au Hilton Brazzaville Les Tours Jumelles avant de se voir attribuer une villa, il lui a été demandé d’éviter de se montrer. Denis Sassou-Nguesso a préféré qu’Alpha Condé ne prenne pas part à la cérémonie d’investiture afin de préserver ses relations avec son homologue guinéen, mais aussi avec le Rwandais Paul Kagame, devenu un partenaire stratégique de Conakry et du Congo, qui avait fait le déplacement. Affaires privées « sensibles » Alpha Condé s’est contenté de quelques discrets entretiens bilatéraux et est resté une petite semaine à Brazzaville, sur invitation de Denis Sassou-Nguesso, qui l’a mis entre les mains de son neveu et conseiller sur les affaires privées « sensibles », Guy-Noël Ngoya. Celui-ci rend visite et tient compagnie à Alpha Condé, qui s’est donc abstenu d’apparaître au stade de la Concorde aux côtés des autres ex-présidents conviés, comme le Béninois Thomas Boni Yayi, le Mozambicain Joaquim Chissano, l’Éthiopienne Sahle-Work Zewde, le Ghanéen Nana Akufo-Addo ou encore le Bissau-Guinéen Umaro Sissoco Embaló. Au sein du clan présidentiel congolais, plusieurs personnalités ont brillé par leur absence. À commencer par Claudia Lemboumba Sassou-Nguesso, conseillère spéciale de son père, ainsi que son frère, Denis-Christel Sassou-Nguesso, député et dernier ministre de la coopération internationale et de la promotion du partenariat public-privé. Tous deux se sont vu attribuer des rôles mineurs dans cette campagne (AI du 20/01/26) et ne se sont pas montrés au cours de cette séquence d’investiture. Leurs relations avec leurs sœurs Julienne Ngouonimba et Ninelle Ngouélondélé, qui semblent peu à peu s’imposer et voir leur influence croître dans le premier cercle du chef de l’État, se sont dégradées. Des rivalités dont se tient à l’écart Omar-Denis Junior Bongo (« ODJB ») qui a pris part à la campagne puis à l’investiture au stade de Kintélé, après avoir passé quelques jours en France, à Nice, puis à Paris. Dans la capitale française, le petit-fils de Denis Sassou-Nguesso et fils de feu Omar Bongo s’est notamment entretenu avec l’ancien président Ali Bongo et d’autres membres de l’ancienne famille présidentielle gabonaise. Peu intéressé par les luttes intestines du clan Sassou-Nguesso, ODJB privilégie le Gabon, où sa relation avec le président Brice Clotaire Oligui Nguema reste délicate et où il travaille aux préparatifs de son mariage à Libreville avec Julia Otto Mbongo, dans la continuité des noces traditionnelles tenues en septembre 2025 à Ollombo (département des Plateaux), au Congo.

Papa Mapassa

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