Le 28 février dernier le coup d’envoi des campagnes électorales a été lancé sur l’ensemble du territoire national. Cette étape cruciale qui précède le scrutin présidentiel, constitue le moment favorable pour les candidats de présenter aux populations leurs projets de société. Force est de constater qu’à Brazzaville, ces populations affirment méconnaitre les programmes des sept candidats en lice pour l’élection présidentielle des 12 et 15 mars, jusqu’à lors.
A exactement 11 jours de la présidentielle, les populations s’interrogent encore sur les projets de société que doivent présenter les 7 candidats en lice de ce scrutin présidentiel des 12 et 15 mars 2026. Pourtant sur le terrain, ils sont entrain de battre campagne en incitant les populations à aller dans les urnes le jour ‘’J’’ pour élire celui qui conduira les destinées de la nation les cinq prochaines années, selon ces électeurs, aucun candidat n’a encore rendu public son projet de société jusqu’ici : « Je compte bien aller voter le jour de l’élection mais il faudrait normalement que j’ai l’idée d’un projet de société de l’un des candidats parce que on ne peut pas aller voter sans connaitre la vision que chacun présente, c’est à base de cette idée que je saurai qui voté et qui ne pas voter », a témoigné un citoyen congolais.
Face à cet enjeu majeur, force est de constater qu’il n’y a pas de communication de la part des candidats excepté ceux de la majorité présidentielle. D’autres ne communiquent pas assez autour de leurs projets, ce qui entraine un manque d’engouement de la part des populations : « Nous n’avons pas assez d’informations sur certains projets de candidatures. Cela est dû à un manque de communication. De l’autre côté de la majorité, ils s’activent vivement pour faire élire leur candidat forcément ça joue sur le choix de la population », a déclaré un passant.
Par rapport au tirage qui a été fait, chaque candidat devrait communiquer au fur et à mesure, au niveau des médias publics comme privés afin de présenter à l’opinion publique son programme. Pourtant, ces différents candidats aspirent au changement et au développement de la nation.
La politique est-elle devenue l’art de mentir ?
Combien de fois avons-nous entendu les mêmes promesses, avec la même ferveur, pour constater le lendemain que rien n’avait changé ?
Alors que les candidats sillonnent les chefs-lieux des départements en pleine campagne électorale, les candidats se retrouve, une fois de plus, au centre de toutes les attentions. Surtout le candidat Denis Sassou Nguesso le plus observé, le plus commenté et sans doute le plus controversé, chacun de ses discours est scruté, disséqué et relayé par une opinion publique partagée entre ironie et attente. Tandis que certains Congolais reprennent ses paroles pour les tourner en dérision, d’autres les analysent avec minutie, espérant y déceler une vision renouvelée ou des engagements concrets. Pourtant, une impression de déjà-vu domine. Les promesses d’hier réapparaissent, presque intactes, ravivant une lassitude grandissante. C’est dans ce contexte que s’inscrit la réflexion de Raymond Vincent Ombaka Ekori, lorsqu’il interroge avec gravité : « Combien de fois avons-nous entendu les mêmes promesses, avec la même ferveur, pour constater le lendemain que rien n’avait changé ? »
Promesses des candidats sans lendemain !
En République du Congo, cette question n’est plus rhétorique. Elle est le symptôme d’une dérive politique : la parole publique, censée unir et guider, est devenue spectacle et illusion. La politique est-elle devenue l’art de mentir ? Pour beaucoup de Congolais que notre rédaction a eu à interroger, la réponse semble malheureusement évidente. Les promesses s’évaporent, les discours embellissent la misère, et les engagements, annoncés avec emphase, se dissolvent dans l’inaction. La politique n’est plus un service ; elle devient spectacle.
La tentation du mensonge dans l’exercice du pouvoir
Gouverner, c’est parler. Mais la parole politique est double : elle instruit, elle convainc… et elle peut tromper. Dans le Prince Nicolas Machiavel rappelait que le prince doit parfois dissimuler la vérité pour protéger l’État. Une lecture superficielle y voit un appel au cynisme. La réalité est plus dure : Machiavel décrit un pouvoir où le mensonge n’est qu’un instrument parmi d’autres. Aujourd’hui, ce qui inquiète, c’est lorsque la stratégie devient un mensonge systématique. Les bilans sont embellis, les chiffres manipulés, les promesses irréalisables annoncées avec fanfare. La communication devient substitution à l’action, et la politique spectacle remplace la politique de vérité. Quand le mensonge devient méthode, la confiance disparaît. Ce n’est plus seulement un dérapage : c’est une culture politique.
Le mensonge politique: symptôme d’une crise de légitimité
La démocratie repose sur la confiance. L’érosion de cette confiance est déjà en marche.
Dans le contrat social, Jean-Jacques Rousseau montre que la légitimité découle de la volonté générale. Mais si cette volonté est orientée par des discours trompeurs, la légitimité devient superficielle. Dans notre pays, la République du Congo, la défiance envers les institutions n’est pas le fruit du hasard. Elle naît du décalage constant entre promesses électorales et réalité quotidienne, infrastructures inachevées, projets abandonnés, discours de modernisation confrontés à des difficultés criantes. Les citoyens constatent que la parole publique embellit la situation, alors que leur expérience prouve le contraire. Une société peut supporter la pauvreté, la crise ou les tensions. Mais elle ne peut supporter la manipulation permanente.
La vérité politique, un art en voie de disparition
La politique pourrait redevenir noble si elle replaçait la vérité au cœur de son exercice. Dire la vérité ne signifie pas tout dévoiler, mais assumer la responsabilité de la parole publique.
Pour le Congo, cela veut dire :
Reconnaître les limites budgétaires et financières de l’État ; Expliquer avec transparence les choix politiques et économiques ;
Admettre les échecs et corriger les orientations ;
Hiérarchiser les priorités nationales en fonctions des besoins réels.
Un peuple adulte accepte la rigueur. Il rejette le mensonge. La politique de séduction permanente conduit à la suspicion, à la désaffection, et au cynisme généralisé.
Tout compte fait, Le mensonge gagne des élections, la vérité construit des nations. Le mensonge peut faire triompher aux urnes, calmer les oppositions, masquer l’incompétence. Mais il laisse derrière lui un pays désabusé, une jeunesse désespérée, et une démocratie affaiblie. La grandeur d’un dirigeant ne se mesure pas à la beauté de ses promesses, mais à la force de ses engagements tenus. Le courage politique consiste à dire ce que la nation doit entendre, non ce qu’elle veut entendre. Si la politique congolaise veut se relever, elle doit redevenir exigeante. Exigeante envers ceux qui gouvernent, mais aussi envers ceux qui tolèrent le mensonge. Alors chers candidats ne faites pas de promesses que vous ne réaliserai pas certainement!
Elvis Moung’s


